2017-12-18

T777 - Amères plaintes d'un héron.



Le héron, toujours lui, encore lui…
La Fontaine dans ses fables abondamment l’utilisa et en fit grand cas,
Du poète, avec mon petit talent, je marche modestement dans les glorieux pas
Avec votre autorisation qu’il me soit permis de n’en rougir point.



Le héron cendré, authentique râleur, observait une paisible troupe de cigognes
et comparait aux siennes leurs physiques conditions.

Et de ne cesser de geindre, se plaindre sur son sort et se lamenter.
« Non mais ! De leur plumage, admirez ce blanc immaculé.
Voyez ces grandes ailes parées du plus profond noir.
De leur bec, de leurs pattes, constatez l’éclatant rouge !
Et maintenant je vous prie, examinez moi, objectivement, attentivement.
Inutile de s’extasier, nulle une touche de fantaisie, gris uniformément.

Le Grand Fabricateur n’aura guère fait preuve d’imagination
La grosse fatigue en fin d’une semaine chargée ?
Le jour où il s’est décidé à boucler son colossal chantier
n’avait-il donc plus de teintes flamboyantes sur sa divine palette ?
Parce que j’étais selon ses vœux destiné à fréquenter les eaux
devait-Il absolument me faire si terne ? »

 *** fin ***

2017-12-11

T776 - Faire la noce avec Éros.




Un cactus, dont le culot ne manquait pas de piquant,
au papillon dans les alentours paisiblement voletant,
Lança de lestes propositions fort peu honnêtes
Avec tout un tas de trucs en ette (au lecteur de compléter)
- il aurait été question de galipettes et d'exotiques brouettes,
De quoi choquer quand on se mêle de conter fleurette !

Avant de poursuivre sa quiète ronde
L'interpellé rétorqua à l'immonde :
"Si tu as urgent besoin de telles tendresses,
Cherche-toi une libidineuse maîtresse.
L'amour avec toi c'est qui s'y frotte s'y pique !
Très peu pour moi de tous ces jeux érotiques.

A ma connaissance, un ascétique fakir indien
Peut être tenté par tes très particuliers câlins.
Moi, petite créature fragile, quand je tutoie Éros
c'est pour mener tendre délicate joueuse noce
Pas pour les plaies et bosses de l'amour rosse."

"Peace and love, my  brother !" dit-il en prenant congé.
Monsieur Butterfly usait en effet d’un anglais soigné.


*** fin ***



2017-12-04

T775 - La fin de tout.




A-t-on jamais vu poulet de Bresse mourir de vieillesse
s
inon des suites d'une invraisemblable maladresse ?

Vieillir exagérément n'est pas le destin du poulet de grain *
Inutile d'en appeler à tous les saints pour qu'ils veillent au grain
inexorablement il se retrouvera occis, c'est ainsi.
Que le Grand Vieillard Barbu soit béni ! **

Poulet finira servi rôti dans l'assiette
ou à la supérette en croquettes
sur les rayons réservés à nos amis
animaux, dits de compagnie.

La faim des uns peut-elle justifier la fin des autres ?


* Qu'il se console, point ne se désole, il échappe à Alzheimer.
En toute chose l'aspect positif est à considérer.

** et qu'Il soit Loué, au même titre que de qualité du réputé poulet l'est. 

2017-11-27

T774 - Bien fol est qui s’y fie !





Gardez-vous de succomber aux propos des beaux parleurs
Ce sont trop souvent des oiseaux de malheur.
Un de la gent à ouïes à ses dépends l’apprit.
Lisez ce qui suit et ce qui s’ensuivit.

Tout autant incongru que celui des canards et de la tortue de la fable
étonnant attelage,
surprenant compagnonnage,
que celui du héron et du poisson.

Fréquentant les mêmes rivages, ils firent connaissance au lac des Settons
et après quelques palabres, décidèrent de partir en excursion.

« Toi qui ne connais que les ténébreux fonds,
je te propose de découvrir de lumineux horizons
Morvan et Bourgogne de haut nous survolerons.
Prenons dès à présent la voie des airs et de concert, voyageons ! 
Je serai la montgolfière, c’est un genre de gros ballon
et te ferai jouer les Gambetta à ma façon. »
déclara l’échassier que le Diable, tous nous le savons, créa glouton.


L’hôte des eaux fort tenté par l’expédition mordit sottement à l’hameçon.

Mal lui en prit. A peine tiré de l’eau, le héron cédant à ses vieux démons
sans respect pour ses préalables déclarations de bonnes intentions
dirigea illico dans son estomac le candide cousin des gardons et goujons.

« Hop ! Je t’avale, crédule couillon, tu ne verras pas même Avalon. »

Au grand jamais nos ennemis, amis ne sont et ne seront.
Voilà qui vaut avis et pas seulement à l’attention des poissons.

*** fin ***

Florian en son temps l’énonça dans une de ses fables :
« Ce qui prouve deux points : d’abord qu’il est utile
Dans la douce amitié de placer son bonheur,
Puis, qu’avec de l’esprit, il est souvent facile
Au piège qu’il nous tend de surprendre un trompeur. »
(L’écureuil, le chien et le renard)
Que la carpe ne l’eut lu !

*** 

2017-11-20

T773 - Les points noirs.


DR

La chaste coccinelle ne veut à aucun prix
demeurer plus longtemps sans mari.
Un mari certes oui mais d'un beau parti.
Pas du tout comme celui de Madame Pou
affublée d'un si grotesque et laid époux.
Un beau mec, oui oui,
un laideron, non non.

Le rouge aux joues, elle guette le fameux Prince Charmant
avec ou sans cheval blanc - ce qui n'est pas le plus important -
celui qui lui apprendra de l'amour les élémentaires rudiments
après avoir reçu de la future belle-maman l'obligé agrément.

Avec l'espoir de mieux séduire cet amant qui se fait attendre
elle dirigea ses pas (de coccinelle) vers le salon d’esthétique
où d'une couche de cire en larges applications
on fit disparaître les points noirs suspectés d’être d’affreux comédons.

Toute rouge la voilà !
Un genre de cerise volante.
Le Prince s'y retrouvera ?

2017-11-13

T772 - La bonne idée.


Un broutard sur l'heure se désolait et lamentait :
"Avec le temps Maman est devenue grosse vache.
Contre son gré, Tonton a perdu ses chers rognons
Papa ne veut plus entendre parler de l'arène.
Quant à moi, on prétend que je suis sans cervelle."


Décidément dans cette famille tout allait de mal en pis.

Le veau, inquiet de ce triste constat, eut l'idée de génie !
Si, en province, en famille on ouvrait une boucherie-triperie.

Tous ensemble (bis, sur l’air des lampions), sur l'occasion, fonçons.
Mais où, où ? Sur le choix du lieu ils tournaient en rond.

"Ne vous inquiétez pas, annonça fièrement le rejeton :
J'ai ma petite idée sur la question, j'ai Nice en tête."
Et ils se gardèrent bien de lui en demander la raison.

Quant à vous, j'en suis certain, elle ne vous aura pas échappée.

2017-11-06

T771 - Un surprenant attelage.


Que diable allait-elle faire dans cette galère…

DR

Un batracien chevauchait gaillardement un rampant allant de l’avant !
Pour voyager plus rapidement
que n’eut-elle plus judicieusement porté son choix sur un cerf-volant ?

«  Commère, mais où vous rendez vous ainsi en cet étrange équipage ?
- J’ai prévu de retrouver un mien ami à Montmorency pour le repas de midi.
 - Jamais à l’heure ne serez, je puis vous l’affirmer bien haut
Votre monture ne pratique ni pas, ni trot, ni galop.
Gardez les pieds sur terre si je puis dire, d’elle n’exigez point trop.

- J’ai lu jadis dans Cendrillon qu’une citrouille par magie devint carrosse
Pourquoi ne serais-je pas en droit moi aussi d’espérer 
Que mon escargot se décide à mettre le turbo
Pour arriver pile-poil à l’apéro ? »

Une déclaration qui confirmait que vraiment
Le cavalier avait le cerveau lent.

Moralité :
Du naïf, mieux vaux ne pas contrarier les illusions

Moteur irrationnel de ses espoirs de progression.

2017-10-30

T770 - Les Théos.


Deux aimables batraciens pas vraiment communs,
L’un replet et tout doré, l’autre couleur de suie et desséché, broyaient du noir




Pas question entre eux d’étang, de marais, ni roseau, ni mare, comme on aurait pu le croire.
Non ! Ils évoquaient amèrement les difficultés de leur artistique turbin.

Théo-d’Or et Théo-Sec avaient suivi autrefois les cours du conservatoire,
maintenant ils donnaient professionnellement dans le 7 ème art
Qui de les enrichir ne donnait décidément plus guère d’espoir.

Théo-d’Or fit une courte apparition dans Casque d’or
Mais n’avait pas été retenu pour un petit rôle dans Goldfinger
(On lui préféra Julien Doré, allez savoir pourquoi ?)
Un comble ! Pour un Bond, que de refuser une grenouille….

Théo-Sec, doublure de Jeanne d’Arc dans la scène finale sur le bûcher,
avait été malencontreusement oublié, il avait positivement cramé.
Noir qu’il était devenu, il ne pouvait plus espérer que des rôles obscurs.

Bref pour les deux, dans le métier, cela n’allait pas fort.
Théo-Sec était à sec, Théo-d’Or ne roulait pas sur l’or.
Il fallait d’urgence virer de bord.




« Cherchons fortune ailleurs pour faire de la thune.
Puisque l’époque est aux start-up
Toi et moi, fonçons, hop hop hop !
D’un bon bond sautons sur l’occasion
A SiliHop Valley ouvrons notre start Hop shop
Et que ça saute ! »

Le rêve américain…

*** fin ***

S’il n’y comprend ni quoi ni qu’est-ce
Que le lecteur, sans complexe, exige une explication de texte
Et sa ristourne de 10% à la caisse.


Avis au lecteur ami..

Merci au jeune Bati, plein d’esprit, qui les noms m’a gracieusement fournis.

2017-10-23

T769 - Corrida en sous-bois.


L’amour est enfant de bohème
Qui n’a jamais connu de loi
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime…
Etc.

Escamillo, oh oui, enlace-moi, fort.
Encore, encore et encore.
Chaque partie de mon corps,
Par tes passes, tes piques, adore.
Ne ménage pas tes efforts.

Oui oui oui, tout mon corps, tords et adore
Mon œil noir te regarde.


Olé.
Et on oublie Don José.

*** ***

2017-10-16

T768 - Wouah wouah wouah et moi et moi et moi.



Hé les cabots ! levez le pied – la patte, si vous le préférez -,
on se met illico au decrescendo.
De grâce, sur le champ, cessez d’aboyer et rangez les crocs.

Si en passant je me suis arrêté c’est pour vous regarder
Je suis un promeneur, aucunement une bête traquée
Inutiles sont vos abois parce que je sors du bois.

Wouah + wouah + wouah = wouah wouah wouah
3 wouah contre moi.
D’évidence et incontestablement vous l’emportez au nombre de voix.

Mais…
Prenez garde à l’extinction de voix et n’oubliez pas le dicton :
Le train, bien que les chiens aboient, par la gare à Vannes passe.

2017-10-09

T767 - Sur le ponton - version 3



A un poil près ça sentait le roussi !



De ne pas avoir été convié et associé à la noce
Cupidon, alias Eros, voilà qui l’avait rendu d’humeur féroce.
Un sale coup pour sa divine réputation !
indisposer les dieux, pour les humains, n’est jamais bon
gare au retour de bâton.

Coup bas, coup rage, coup gare, coup courroux, coup Yon.
Etc.

Etre le dindon de la farce, pour Cupidon,
il n’en était nullement question.
Pas de cela Lison !

L’humaine créature en son état le plus naturel se dorait sur le ponton
avec pour seuls témoins autorisés, les divinités du ciel  et de l’eau, Phoebus et Poseidon.
Contrarié et courroucé, le dédaigné entonna, sur la musique de Dutronc
« Et moi, et moi, et moi. ».

De quoi, de quoi ! Pourquoi eux et pas moi ?

*** / ***
A celle qui avait négligé de le prendre en considération
D’une flèche enflammée, il fut tenté de mettre le feu à l’intime buisson.
une cruelle punition qui lui servirait de leçon.

Punir la fautive, soit mais pas seulement.
Eteindre aussi les feux ardents  du dieu du ciel Phoebus
et empêcher Poseidon, celui des eaux, de se rincer l’œil.

ll estima avoir mieux à faire ailleurs et sur l’instant de lâcher la blonde
Il y a tant d’amoureux qui espéraient sa venue de par le vaste monde…

Il remit sa flèche dans le carquois et en s’éloignant grommela :
« Tu ne perds rien pour attendre, tôt ou tard on se reverra
La vengeance est un plat qui se mange froid. »


***  la suite (et fin) ***

Il revint
Voilà ce qu’il en advint.





*** fin ***

2017-10-02

T766 - Sur le ponton – Version 2


Un sage compromis pour un bronzage réussi.

« Chat échaudé craint même l’eau froide »
En vertu de cet adage…

Ainsi qu’on jette son bonnet par-dessus les moulins
elle a balancé sa culotte Petit Bateau à l’eau par delà le bastingage
pour s’assurer en l’affaire de la bienveillance du remuant Poséidon.

Les dieux de tout temps ont été jaloux et ombrageux.

« Seigneur, sois bienveillant,  préserve-moi du roulis et du tangage. »

Puis, nue, s’est allongée de tout son long sur le ponton
S’offrant aux rayons de Phoebus
Pour ajouter à son teint un petit plus.



La paix et la sérénité, l’exposée n’en demandait pas plus
Une façon bien à elle de ménager la chèvre et le chou
De se concilier la clémence des dieux de l’eau et du feu, peu ou prou.
En somme, jouer avec le feu sans se mouiller.


2017-09-25

T765 - Lever de rideau.


Scène et décor tout d’abord plantons :
En bord de mer, sur une enchanteresse île méditerranéenne, un groupe d’échassiers.
Inutile de chercher à le repérer, hors champ, un peintre avec tout son attirail.
Le chevalet, ses pinceaux, de la peinture, un tabouret, un tableau et un chapeau
Et surtout, surtout, de la lumière baignant le tout, généreusement partout.
Promesses pour l’artiste d’un tableau riche en couleurs
Mais aussi
une jeune échasse intriguée par la présence du peintre (toujours hors-champ)
Puis
le reste de la troupe qui observe celle qui observe.

 

« Hé ! La p’tite, - ainsi l’interpella le chef de bande,
l’autoritaire François donnant ses instructions à la soumise Penelope -
oui toi, puisque tu t’es mise en avant, prends encore un peu plus les devants
Et jette donc un œil sur ce que fabrique l’émule de Renoir. »

(Aux ordres, sur le champ elle s’y rend, en revient et informe ses compagnes et compagnons, s’il en est, comment les distinguer, on ne sait)

Sur la mission, lapidaire fut le commentaire :
« Le peintre dort, le chevalet est replié, la toile, comme notre plumage, blanche. 

-  Ainsi nous ne l’inspirerions pas, nous, les gracieuses échasses blanches,
Pinceaux en dépôt dans l’ pot, toile vierge,
pauvre créatif abandonné, sa Muse l’aurait-elle plaqué ?
Pendant un long bout de temps il nous a observées ; sans rechigner,
nous avons daigné patiemment poser sans bouger pour être immortalisées.

Nous sommes réputées pour notre allure et notre maintien de haut style
Scrogneugneu, c’est proprement scandaleux, franchement odieux !

Tout n’a qu’un temps, à rester ainsi plantées, sous peu nous virerons fossiles
D’évidence dans la pratique ce monsieur est stérile.
Sans idée, sans pétrole, jamais on ne décolle…
C’en est assez, les filles, les garçons (s’il en est) décampons, on s’envole. »

Peut-être auront-elles, auront-ils, plus de succès dans les Landes ?


*** fin ***

2017-09-18

T764 - Le gazouilleur.




Il y va de bon coeur l'effronté petit oiseau
à fond la sono
Cuicuitant allègrement, prenant ses aises
Sans souci de troubler le silence de rigueur du cimetière du Père Lachaise.

Il siffle à tue-tête à en casser les oreilles
Des pensionnaires qui dans leurs cercueils du dernier repos veillent.

Il lance ses cuicuis
Sans restrictions à la foultitude des ci-gît
Do ré mi


Cuicui
Cuicui
Cuicui cuicui cuicui cuicui cuicui
Cuicui cuicui cuicui cuicui cuicui
Cuicui
Cuicui
Cuicui
Cuicui
Cuicui
Cuicui cuicui cuicui
Cuicui cuicui cuicui
Cuicui cuicui cuicui

Sans s’accorder de répit.
Tant et tant de gazouillis
Pour les endormis…

Peine perdue
Nul ne remue.

Bien difficile de réveiller les morts
En dépit des fanfares et roulements et commémoratives sonneries
Celui qui veille sur la flamme sous l’Arc de Triomphe
en sait quelque chose.

Alors hein ! le gazouillis d’un oiseau, pensez donc.

*** fin ***